France Inter a choisi fin août de recruter Charles Sapin, directeur adjoint de Valeurs actuelles, pour y assurer un éditorial politique. La CGT a appelé à une grève les 13 et 14 septembre, reconduite le 21. L’AJAR apporte son soutien aux salariés en lutte de Radio France.
Dès les premières critiques, Sibyle Veil, PDG de Radio France, est venue au secours de la directrice générale, Céline Pigalle, avec des arguments tous plus fallacieux les uns que les autres. « Ce journaliste n’a aucun dérapage à son actif », a-t-elle soutenu.
Peut-être n’a-t-elle pas lu, par exemple, la nécrologie de Jean-Marie Le Pen signée par Charles Sapin dans Le Figaro ? Il y minimise le racisme du fondateur du RN et parle d’« événements d’Algérie » pour qualifier la guerre, expression négationniste, selon les historiens.
Le mot « dérapage » réduit le racisme à une conception individualiste et accidentelle, et tente d’évacuer la responsabilité qu’impliquent les fonctions de Charles Sapin dans un média deux fois condamné pour provocation à la haine raciale et injure publique à caractère raciste.
Les structures éditoriales, les choix de sujets, les cadrages répétés, la hiérarchisation des informations et la circulation des représentations relèvent, chez Valeurs Actuelles comme chez Radio France, de choix et de responsabilités.
« Nous ne sommes pas là pour condamner quelqu’un avant qu’il ait parlé », a défendu Sibyle Veil. Personne n’est condamné parce qu’il n’obtient pas un éditorial sur France Inter. Le débat porte sur l’attribution d’une position rare : un rendez-vous régulier sur la radio publique.
Radio France a choisi Charles Sapin pour exercer une fonction d’autorité. Toute rédaction sélectionne : elle décide qui parle, à quelle fréquence, de quelle position, sur quels sujets et avec quel degré de contradiction. Or un éditorial laisse la parole libre.
Le choix de Radio France n’est ni neutre ni impartial. Qui dispose d’un éditorial pour analyser les rapports sociaux de race ? Ces voix ont-elles une autorité comparable ou sont-elles invisibilisées ? Et quand elles sont invitées, traitées en militantes voire en objets de controverse ?
Sibyle Veil brandit un pluralisme arithmétique, plaçant toutes les sensibilités sur un même plan, comme si leurs effets politiques et leurs rapports à la démocratie étaient les mêmes.
Contester les voix racistes d’un magazine appartenant notamment au milliardaire Pierre-Edouard Stérin, promoteur de l’extrême-droite identitaire, n’est pas une menace pour la liberté d’expression. C’est, au contraire, l’une des conditions de son existence.

