C’est la dernière newsletter avant la pause estivale de l’AJAR… et il s’en est passé des choses ces derniers mois ! Avec l’extrême-droite raciste aux portes du pouvoir, notre existence est plus cruciale que jamais. Nous sommes désormais 200 journalistes ou étudiant·e·s en journalisme au sein de l’association. Nous avons interpellé la commission de la carte de presse pour qu’elle cesse de discriminer nos consœurs portant un foulard et consœurs/frères trans, avec cinq autres associations de journalistes. Nous avons été invité·es à prendre la parole à plus d’une trentaine d’événements; plus d’une vingtaine de médias ont parlé de nous; nous avons fait des formations dans plusieurs écoles, et plus d’une dizaine de décryptages ont été postés sur nos réseaux sociaux!
En avril nous avons fêté notre premier anniversaire lors d’une belle soirée à La Folie, à Paris. Si vous y étiez, vous avez appris en avant-première le lancement de notre guide de bonnes pratiques antiracistes. En effet en mai, mois de commémoration des abolitions de l’esclavage, nous avons publié le premier chapitre de ce guide, un kit pour lutter contre les biais racistes du traitement médiatique dans les Outre-mer. Dans cette newsletter, on vous présente Julie Tomiche, qui a participé à son écriture – un énorme travail d’équipe étalé sur plusieurs mois !
Les coulisses de l’asso
Un kit de bonnes pratiques ?
Julie Tomiche : Ce que j’appelle « un kit » est très inspiré du travail de l’AJL (Association des Journalistes LGBTQIA+), c’est un recueil dans lequel on trouve des définitions, des exemples de traitements médiatiques racistes qui invisibilisent les outre-mers ou véhiculent des stéréotypes à leur encontre. On propose des angles alternatifs, réalisés par des professionnel·le·s qui ont bien fait leur travail et décrivent sans discrimination ces territoires. Vous y trouverez des recommandations et des ressources pour faire mieux. L’objectif est purement pédagogique.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées en le rédigeant ?
J.T. : Nous souhaitions écrire un kit synthétique pour qu’il soit simple à lire et à retenir ce qui a impliqué des choix. Il nous était impossible de rentrer dans les détails d’histoires passionnantes qui font la réalité des outre-mers. Pour que cet ouvrage soit un bon outil de travail, nous nous sommes concentrées sur l’essentiel, quitte à le compléter par la suite.
Pourquoi un chapitre sur les outre-mers ?
J.T. : Un tel chapitre nous a paru nécessaire parce que bien que les territoires ultramarins soient français, ils ne sont pas seulement physiquement loin de la France métropolitaine, ils sont aussi éloignés en termes de politiques et de cultures. À ça s’ajoutent les conséquences non gérées de l’histoire coloniale française, ce qui se voit sur place. L’État délaisse ses responsabilités vis-à-vis de ces populations et les conséquences de ces manques transparaissent dans le traitement médiatique de ces sujets. Entre invisibilisation de ce qu’il s’y passe et invisibilisation des journalistes ultramarins, leurs productions représentent 1% de ce que l’on peut trouver dans les médias quand les personnes dont ils parlent représentent 5% de la population française.
Qu’est-ce que vous attendez des journalistes après la publication de ce kit ?
J.T. : Maintenant, nous attendons des journalistes des productions sur ces territoires qui donnent la parole à non pas des blanc.he.s venu.e.s de métropole mais à leurs habitant·e·s, leurs expert·e·s. Nous attendons aussi une décolonisation de ce traitement médiatique, c’est-à-dire prendre en compte l’héritage colonial de ces régions lorsqu’ils traitent de ces sujets. Nous attendons que ces mêmes productions aillent au-delà des clichés des jolies plages ou de la drogue.
Nos membres ont du talent
Petites sélections de productions de nos adhérent·es. Au programme : podcast, enquête et documentaire !
Notre journaliste rap préférée a fait un pas de côté : Anissa Rami a enquêté sur la date de naissance de son père marocain qui, comme beaucoup d’immigré·es, est enregistré comme étant né un 1er janvier. “Papa t’es né quand ?” vient d’être récompensé de « 3T » dans Télérama (photo ci-contre). Un podcast ARTE Radio émouvant à écouter ici et sur toutes les plateformes de streaming audio.

Faïza Zerouala a passé la fête de l’Aïd el-Kebir avec une famille musulmane en Moselle. Comment vivent-iels leur religion et leur culture dans une France qui a voté majoritairement pour l’extrême-droite aux élections européennes, et pourrait élire le RN au gouvernement ? Leurs témoignages sont à lire sur Mediapart.
Fumigènes, violences, chants martiaux : pour StreetPress, Thomas Porlon a enquêté sur les « ultras », ces supporters de foot extrêmes… jusque dans leur idéologie. Le journaliste ajariste s’est rendu dans cinq pays européens pour rencontrer ces fans radicaux qui allient sport et politique, souvent avec un prisme d’extrême-droite.
« Où sont les journalistes racisés dans les rédactions ? » C’est la question que pose Donia Ismail dans un important article publié sur Slate. Une enquête à lire pour compléter ce que vous savez déjà sur notre association et ce qu’elle défend. Big up à Arno Pedram, notre co-président, et Gurvan Kristanadjaja, ajariste lui aussi, interviewés dans ce papier !
Les termes
Les journalistes ont leur part de responsabilité dans la montée en flèche de l’extrême-droite. « Ce sont les journalistes […] qui voient et présentent Marine Le Pen comme quelque chose d’apparemment nouveau », a expliqué Safia Dahani, politiste, à La Tribune.
Une responsabilité qui se matérialise aussi par le manque de culture historique, comme celle des journalistes qui ignorent l’héritage nazi du Rassemblement national. Certains reconnaissent cette responsabilité, comme Pierre Jacquemain, rédacteur en chef de Politis, qui déclare au micro de RTL que les journalistes ont contribué à la « légitimation » du RN.
Mais il y a aussi des médias et des journalistes qui ont fait de la lutte contre l’extrême-droite leur fer de lance. Parmi elleux, Maxime Macé et Pierre Plottu de Libération, avec leur article sur les candidats antisémites et racistes du RN, qui prend le contre-pied de sa supposée dédiabolisation. Enfin, le média StreetPress abat quotidiennement un travail d’enquête salutaire sur l’extrême-droite, mettant en lumière sa violence et son racisme.
Tous les médias peuvent servir de rempart contre le RN. L’AJAR a récemment publié un “Kit de résistance à l’extrême-droite en rédaction”, qui replace certains concepts comme ceux de “priorité nationale” ou de “dédiabolisation” dans leur contexte.

Merci d’avoir lu la newsletter de l’AJAR, et suivez-nous sur nos réseaux sociaux ! On se retrouve à la rentrée, mais vous pouvez déjà noter les dates des 5 et 6 octobre : l’AJAR organisera son premier festival à Marseille !🌞 Vous pouvez par ailleurs soutenir cet événement en faisant un don sur notre campagne de financement participatif. La billetterie sera bientôt mise en place, restez à l’affût !
(Et n’oubliez pas d’aller voter !)

